La Servante écarlate, de Margaret Atwood

the handmaid's tale

Auteur : Margaret Atwood
Editions : Robert Laffont, Collection Pavillons poche
Pages : 544

 

Résumé :

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred,  » servante écarlate  » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

 

Mon avis:

 

Margaret Atwood, auteure canadienne, a toujours démontré un penchant pour les histoires féministes où le questionnement social sur la condition féminine est bien présent. Son premier roman « La Femme comestible » (que je n’ai pas lu mais qui est dans ma wish-list) en est un exemple.

Avec la Servante Écarlate, Margaret Atwood nous livre un récit poignant, révoltant et quelque peu nauséeux sur les droits de la femme qui, comme l’histoire nous a déjà démontré à plusieurs reprises, sont d’une fragilité fracassante. Encore à ce jour, nous constatons le fait que certains pays ne considèrent pas les femmes au-delà de la procréation (considéré comme but ultime pour une personne du sexe féminin), de la servitude et où toute forme de progression intellectuelle est refusée.

Margaret Atwood écrit sur des événements en rapport avec la condition féminine qui se sont déjà passés ou se passent encore. Ils sont extrapolés dans un contexte inexistant mais qui dans ce livre nous paraît d’une proximité affolante, car l’histoire se passe dans un futur proche après que l’évolution de la société, telle que nous la connaissons, se soit cassée, rétrogradée par l’emprise d’un gouvernement sectaire et totalitariste.

Un nouveau gouvernement voit le jour après des attentats politiques, suite aux baisses de natalité qui menaçaient le futur de la race humaine. Cette baisse de la procréation arrive après que des empoisonnements nucléaires, biologiques et chimiques ont rendus les femmes stériles (les hommes aussi on le comprendra mais cela n’est pas beaucoup mentionné).

Le fait que Defred fasse partie de la 1ère génération de Servantes provoque un sentiment de proximité temporelle, car en ayant accès aux événements de changements de régime nous avons l’impression d’avoir fait partie, avec elle, de ces mêmes changements— nous ressentons la révolte et l’effroi des habitants.

Les femmes sont donc divisées en Épouses (pour les mariages de plus haut rang social), en Éconofemmes (épouses des hommes plus modestes), en Marthas (employées), en Tantes (femmes habituellement plus âgées, qui ne sont plus en âge de procréer et qui surveillent la formation et le suivi des Servantes) et en Servantes. Les Servantes sont des esclaves sexuelles ayant comme seul but celui de procréer, lors de la Cérémonie, avec le Commandant afin de donner un enfant au couple de la maison à laquelle elles appartiennent.

J’ai été touchée, bouleversée et outrée par ce roman. Une réussite ! Je le trouve intelligent et bien écrit. J’aime ce livre autant que le déteste, il en va de son caractère réaliste et proche de nos années insouciantes actuelles. Nous vivons, dans une ère du dû. Nous oublions les erreurs du passé au risque de basculer dans un avenir rétrogradée— les droits de la femme ayant toujours été sous l’emprise des mentalités, des cultures.

Parlons de notre personnage principal : Defred est un personnage attachant, doux et résigné. La plume de l’auteure nous incite à vivre ses peurs, ses amertumes, sa colère et sa résignation. On ressent ses émotions si fortement que notre envie parfois nous inciterait à vouloir arracher les mots du livre afin d’atteindre le personnage et la réconforter de quelque manière. Nous voulons aussi qu’elle se révolte, qu’elle crie et qu’elle insulte. Nous comprenons qu’elle est réprimée, non pas par un manque de volonté mais par un vide imposé par l’état environnant où peu d’échappatoires sont possibles sans que les issues ne soient une fin éternelle (et atroce qui plus est). Nous ressentons ce vide dans pratiquement tout le livre, mais elle possède cette étincelle des réminiscences de sa personnalité qui démontre un caractère fort d’autrefois.

Serena Joy est détestable. Elle est l’incarnation même du prototype de la femme soumise, travaillée aux idéaux imposés quitte à s’insurger contre sa propre dignité et ses valeurs. Au final, les femmes se crêpent le chignon au lieu de s’unir dans la force et la solidarité d’une condition pour laquelle il faut se battre.

Des femmes qui infligent des tortures de valeurs à d’autres femmes….

Le Commandant lui est d’une perversité sans nom. Un homme au caractère austère— symbole de l’hypocrisie de ce genre de régime politique.

Deglen est l’amie. Celle qui nous convainc d’un sauvetage grâce au réseau Mayday, celle sur qui l’espoir est déposé. Elle est le symbole de la force, battue par l’ennemi.

Nick, le personnage de réconfort de Defred, est celui qui temporisera la cruauté de ce qu’elle vit.

Tous les personnages sont réussis. Règne une ambiance ambiguë du pouvoir tordu— celui du pouvoir sur autrui.

 

Certains passages machistes m’ont fait grincer des dents.

Comme celui-ci :
« Que la femme apprenne en silence et en totale soumission. »

Ou :

« Mais je ne tolère pas que la femme sonne des leçons à un homme, ni usurpe sur son autorité ; qu’elle demeure dans le silence. »

 

Des phrases qui ont tout leur sens dans le livre. Tirées du contexte, elles sont affreuses.

 

Je ne vais pas vous spoiler la fin mais même si j’en aurais voulu une différente, l’auteure a très bien su finir son livre : elle a transformé notre personnage principal en activiste de son temps et pour cela, je l’en remercie.

 

Décrire le livre en quelques lignes :
« Une histoire qui reprend les avertissements du passé, les oublis du présent et souligne les erreurs du futur. Un récit féministe où la condition féminine est mise sous cloche. »

 

 

Ma note sur goodreads ici.

 

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Merci de m’avoir lu
Isa

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